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Football nationale: Guérets, le faux coupable
Publié par Agora Citoyenne dans Sport le 12 juin 2012
Match nul, un résultat mi figue mi raisin qui ne donne pas assez d’aliments aux détracteurs de Guérets pour le limoger, mais qui est insuffisant aussi pour dégager la pression sur le sélectionneur national. Mais est-il vraiment responsable de la situation du football au Maroc ? Est ce qu’avant sa venue, nous étions des champions en la matière ? Est ce que tous les éléments de développement du foot sont disponibles pour se permettre un coach aussi couteux ?
Si on analyse le rendement de la sélection nationale durant les 20 dernières années, on trouvera que mise à part, l’équipe d’Henri Michel qui s’est qualifié au Mondial, aucune autre équipe n’était en mesure de développer du jeu, l’équipe de Kasperzak était l’ombre d’une équipe, de Coelho laissait à désirer en fond de jeu, de Zaki solide défensivement mais n’arrive pas à dépasser le milieu de terrain, celle de Fakhir en construction jusqu’à sa démission, la seconde d’Henri Michel grandiose dans les matchs amicaux, nulle dans les officiels, celle de Roger Lemaire pale et sans visage, celle du quatuor , n’en parlons pas, et celle de Guérets est l’eternel espoir qui n’a jamais abouti.
On ne peut nullement reprocher à Guérets plus d’une décennie de décadence footballistique, mais on doit reprocher à l’ensemble de l’opinion sportive de ne pas se focaliser sur les vrais raisons de cette déchéance. Et pour cause, nous sommes un public de commentateurs de résultats, et non de fond de jeu. Il suffit que l’équipe nationale se qualifie en finale de la coupe d’Afrique pour oublier qu’elle a souffert pour s’imposer 1-0 face au Nigéria, que sans jeu et avec un effondrement total du Benin en 2 éme mi-temps qu’elle a pu leur placer 4 but sur des erreurs défensives, que contre l’Afrique du sud , on a pas pu faire plus qu’un match nul. Et surtout que contre l’Algérie, on était encore perdant à la 93 éme minute contre une équipe qui jouait à 10 durant presque toute une mi-temps. Le seul match extraordinaire joué par cette équipe lors de la Can 2004 fut celui contre le Mali ou on les a terrassés par 4-0. Cet oubli nous a couté la qualification au Mondial de l’Allemagne avec une équipe qui n’a certes perdu aucun match. Mais qui n’arrivait pas à s’imposer face aux adversaires aussi fort ou aussi faibles soit ils.
Le même constat s’est reproduit lors du Match contre l’Algérie à Marrakech. Un Match ou l’Algérie était purement et simplement absente, ce qui a ouvert non pas des couloirs mais tout le terrain puisque les trois derniers buts n’était même pas des combinaisons de jeu, mais de simple Kick and Rush ( droub wtba3) ou l’attaquant courrait droit au but sans avoir de résistance de la part des défenseurs.
Le problème du football national est un problème de modèle, nous somme dans un pays qui ne donne d’importance qu’à la seule technique aux dépens de tous les autres aspects du sport. Or, même au niveau technique, nos joueurs laissent à désirer. On peut recenser les carences de nos joueurs sur les plans suivants :
1- la technique
- le contrôle du ballon, ou la distance entre la balle et le pied ne permets plus d’en faire la couverture, ou une relance ou un enchainement rapide.
- la justesse des passes ou le taux de déchets et de turn-over est totalement scandaleux
- la faiblesse des tirs cadrés et des tentatives de tir
2- la condition physique
- la faiblesse dans les duels terrestres comme aériens
- la faible couverture du terrain, quand en moyenne un défenseur court 10 km, un milieu de terrain 12 km et un attaquant 11 km par match. Nos joueurs terminent leur match avec une moyenne de 8km par match
- le manque de la pointe de vitesse pour permettre de distancer les adversaires
3- la culture tactique
- L’impossibilité de jouer en rupture, car le reflexe quasi systématique et prévisible des joueurs et de temporiser
- la distance énorme entre les trois lignes de l’équipe laissant les joueurs en infériorité numérique dans toutes les phases du jeu, surtout en phase d’attaque et de récupération des balles interceptées.
- l’absence totale d’ouvertures et d’appels de balles dans le dos de l’adversaire. Ainsi que du jeu en mouvement permettant des permutations triangulaires pour se défaire du marquage de zone
4- la solidité psychologique
- l’absence de la solidarité entre joueurs qui se traduit par la faible permutation des joueurs entre les rôles défensifs et offensifs et le soutien
- la difficulté d’entamer les matchs avec une constante d’un quart d’heure de flottement
- la combativité limité ou la cadence de jeu ne change presque pas que l’on soit perdant ou dans une situation non qualifiante.
- l’absence totale de la « Grinta » et de la culture du Winner qui ne peut accepter d’autres choix que le gain du match, et de transformer une situation de défaite en situation de victoire.
Je doute fort que le changement d’un entraineur qui ne fait que sélectionner des joueurs pour des rassemblements périodiques d’une semaine à deux puisse changer tout cela. Ce qui rend caduque la stratégie du super entraineur qui touche le cachet qu’on connait. Ce n’est pas pour dire que Monsieur Guérets ne mérite pas son salaire (puisque c’est le même niveau de salaire qu’il percevait avant sa venue), mais que nous avons mieux à faire avec ce budget, notamment de renforcer la direction technique nationale et d’investir sur la formation ciblé par rapport aux carences du football national
1- la création de centre de formations et d’académie de football permettant de remplacer le rôle que jouaient les équipes de quartier qui organisaient des tournois dans des terrains vagues qui sont de plus en plus rares.
2- La formation de joueurs dans des postes ou il y’a carence,
- les latéraux : endurants avec une bonne pointe de vitesse et une bonne qualité de centre
- les distributeurs : véritable points d’appui qui peuvent amorcer la relance, jouer en rupture, être précis dans les ouvertures et trouver facilement les attaquants démarqués.
- Les avants-centres : véritables renards des surfaces, qui savent se positionner dans le dos des défenseurs, et qui cadrent bien leurs tirs avec le sang froid nécessaire.
- Les bombardiers : joueurs évoluant généralement en milieu de terrains pouvant foudroyer les adversaires avec des tirs à distance suite à des balles récupérés à la sortie de la surface de réparation. Permettant de trouver des solutions variés et de décadenasser les défenses adverses.
3- rendre hommage aux préparateurs physiques
- prévoir un préparateur physique pour toutes les équipes, cadets, juniors et seniors
- laisser le temps nécessaire aux préparateurs pour leurs programmes de mise à niveau et de fraicheur physique.
- Permettre aux préparateurs en concertation avec les coachs de sanctionner ou d’écarter les joueurs qui ne travaillent pas leur VMA (Vitesse maximal Aérobie) seul base du travail de la vitesse et de l’explosivité et qui est travaillé en continu pendant toute l’année.
4- prévoir des spécialistes en psychologie du sport pour soutenir les joueurs et leur inculquer la culture des Winners.
5- Former plus de techniciens de foot permettant d’avoir un choix plus importants pour les différentes équipes de l’élite que ce soit pour leur équipe premières ou leurs équipes de jeunes
Il faudrait absolument qu’on arrive à réexporter nos joueurs vers l’Europe, chose que nous n’arrivons presque plus à faire depuis plus d’une décennie. Et ce, en inculquant aux joueurs l’esprit du professionnalisme et de la performance technique, tactique, physique et psychologique.
Mais tant que nous n’avons pas une presse sportive technique, qui met en lumière toutes les statistiques des matchs avec une analyse pertinente de la possession de ballon, des occasions crées, de la condition physique des joueurs, du schéma tactique et du positionnement des joueurs sur le carré vert, nous ne pourrons espérer une amélioration de la situation footballistique. Car seuls ces journalistes sportifs peuvent créer une opinion publique sportive pour classer les priorités et faire pression sur la fédération. Tant que perdurent le journalisme des enveloppes fermés, qu’on favorise le journaliste qui a la bonne rime à celui qui a la bonne analyse, et que la presse attise la haine envers des personnes au lieu de convaincre de l’absurdité de projets, on aura le football que nous méritons ou seul le dernier match légitime le qualificatif qu’on donnerait au sélectionneur, sans considération aucune à son dur labeur en cas de défaite, ou à son incompétence et son laisser aller en cas de victoire.
Quand Henri Michel nous a alertés en fin de la CAN 2008 de la situation grave de notre football national, nous avions réagi à la forme par crise de fierté en le limogeant illico presto et nous avons négligé le fond, croyant tout simplement que changer la personne ramènerait la Pluit et le beau temps pour refaire verdoyer la prairie du football national. Nous voilà 4 ans après entrain de refaire le même constat, et hélas la même erreur.
