Hausse des prix à la pompe, le mal qui guérit

Et rebelote, on traite le gouvernement d’apostasie politique et d’ogre voulant mettre les pauvres du pays dans son chaudron pour se rassasier en diner de fin d’année, et communiquer les indicateurs économiques sur lesquelles il s’est engagé. Etait ce la plus facile des solutions que de répercuter la hausse continu du prix des barils de pétrole sur les prix à la pompe ? ou fallait il soutenir ce pouvoir d’achat si maigre si fragile qui n’avait nullement besoin d’un coup de grâce pour le mettre face à terre ?

Analysons d’abord la problématique initiale. Si on sait que le cout de compensation de l’année précédente à dépassé les 40 milliards de dirhams creusant le déficit budgétaire à  plus de 6%, on peut facilement en conclure que la situation est insoutenable, et que pérenniser le système, nous amènerait droit au mur, car la seule manière de financer ce déficit est de recourir à la dette publique à des taux assez élevé en période de crise (la dette du Maroc est noté BBB par les agences de notations). Maintenir l’économie à coup de dopage artificiel c’est juste retarder l’échéance de la crise et une fuite en avant qui permet de l’amplifier en effet boule de neige pour les générations futures

"La leçon grecque"

Cela rappelle étrangement le cas de la Grèce qui s’est permis pendant une trentaine d’années sous l’alternance des Karamanlis et des Papandréou de maintenir artificiellement le pouvoir d’achat des grecques à travers la dépense publique permettant de résorber la différence entre une consommation galopante, et une production non compétitive, au prix fort d’un endettement croissant qui dépassait en fin 2011 les 158% du PIB. La défaillance du pays quant au paiement de ces dettes lui a fait perdre une partie de sa souveraineté puisque dorénavant c’est ou bien les créanciers (marchés financiers privés), ou bien les partenaires garants (pays de l’Europe, l’Allemagne en tète) qui lui dictent sa conduite. Le prix exorbitant que paie le pays en chômage, en récession économique, en effondrement du pouvoir d’achat, et en baisse d’investissement interpelle plus d’un analyste. Et avec toutes les cures proposées, la dette ne fait qu’augmenter, et le gouvernement grecque et toute l’Europe derrière sont pris au piège.  Et sans une relance globale et un investissement massif, jumelé à une cure d’austérité et un effort surhumain de la population grecque pendant une dizaine d’années, Le pays s’engouffrera de plus en plus dans les abysses.

"A qui vont les subventions ?"

Au Maroc, toutes les études effectuées s’accordent à ce que 20% des ménages les plus aisés perçoivent 75% des subventions, et 20% des plus démunis ne bénéficient que de 1%. Le système profitent beaucoup plus aux industriels notamment  l’OCP  ou l’ONE pour le Fuel ou la Cosumar ou Coca-Cola ou les brasseries pour le sucre. Si on s’accorde que la subvention des hydrocarbures représente 80% de l’enveloppe de la consommation soit plus de 35 milliards de dirhams, on comprendrait facilement que la reforme de la caisse de compensation qui engloutit presque l’équivalent de 5.5% du PIB soit les 2/3 du budget d’investissement marocain, passe obligatoirement par la réforme des prix des hydrocarbures. Car si on rapproche les sommes alloué à la compensation aux investissements de l’état, on trouve que les subventions équivalent à 83% de ce qu’alloue le Maroc au secteur de l’éducation nationale, plus d’une fois et demie ce qu’il consacre à la Défense nationale, près de trois fois ce qu’absorbe le ministère de l’intérieur et quatre fois ce que le secteur de la santé exige. L’état gagne 2Dh sur le prix de l’essence pour ne laisser que 1.50 Dh comme subvention soit 57% de gain et 1 DH sur le prix du gasoil pour établir la subvention à 3.35 DH  soit 23% d’économie et de 988.04 Dh sur le fuel industriel  pour établir la subvention à 2000 Dh la tonne soit une économie de  33%. Si on calcule juste ce qu’économise l’état des postes de deux entreprises comme l’OCP et l ONE, nous sommes à 1.32 milliards de dirhams soit 3% du montant total alloué à la compensation. Dans ce cas, le principe de répercuter les prix sur la pompe devient compréhensible et défendable, surtout que cela entrainerait une baisse et une rationalisation de la consommation des hydrocarbures, ce qui constituerait une économie en devise pour le pays. Mais la question qui deviendrait inéluctable c’est : quel impact de cette hausse des prix des hydrocarbures sur l’économie du pays ??

"Impact de la hausse des prix des carburants"

Si on estime que la consommation d’essence concerne majoritairement les véhicules de tourisme (à l’exception des véhicules utilitaires léger),  et que les entreprises concernés par le fuel ( hors OCP et ONE ) sont plutôt dans le secteur formel, sur des industries assez lourdes avec un taux de marge conséquent pouvant répercuter la hausse du fuel, bien sur avec l’état qui peut jouer son rôle de contrôle. Alors  le cauchemar redouté qu’est l’inflation devrait en général résulter du 1DH répercuté sur le Gasoil.  Si on sait que le cout du transport correspond à entre 5 et 10% du prix de vente des produits, et que le budget des carburant équivaut à 33.5%  des charges des transporteurs, alors une hausse de 10% sur le prix du carburant devrait augmenter le prix des marchandises de 0.33%. le schéma suivant résume la situation :

Exemple

* Prix initial de marchandise : 1000 DH

* Cout du transport  (prix de marchandise x 10%): 100 DH

* Cout du carburant (cout de transport x 33.5%) : 33,5 DH

* Répercutions de la hausse des prix du gasoil (cout du carburant x 10%) : 3.35 DH

* Répercussion réel sur le prix de la marchandise (3.35 DH/ 1000DH) : soit 0.33% 

Dans ce cas, toute hausse des prix supérieur à 0.40% (prise en considération de la synergie des facteurs inflationnistes, rendant l’impact réel de l’inflation toujours supérieur à son impact théorique) serait due tout simplement à la spéculation  des intervenants. Une inflation qui ne pourrait durer dans le temps, car  la contraction de la demande tirerait automatiquement les prix vers le bas pour les ramener autour du 0.40% de hausse réelle. Une éventuelle hausse des prix serait imputable alors à des facteurs exogènes par rapport au carburant, telle que la demande à l’export, la pluviométrie, ou le cout de la main d’œuvre.

"Et les taxis ??"

Cependant la catégorie qui en pâtirait le plus c’est particulièrement le transport public de voyageurs, et spécialement les chauffeurs de Taxi. Le pourcentage du cout du carburant rapporté à ses charges est très élevé,  et une hausse de 10% se répercute directement sur son revenu. Une hausse quotidienne qui pourrait arriver jusqu’à 30 DH/j  représente quelque  900 DH de manque à gagner en fin de mois. Pour les travailleurs de sueur que sont les chauffeurs de taxi et dont le revenu moyen dépasse rarement les 5000 DH par mois, il s’agit d’une perte sèche d’environ 1/5 de leur revenu. D’où la nécessité d’un dialogue et de solutions concertés avec les représentants respectifs de ces corps de métier.

"Et pour les propriétaires des véhicules de tourisme ?"

Le nombre de kilomètres parcouru quotidiennement par un citoyen moyen dans une grande agglomération pour se rendre à son boulot, revenir déjeuner chez lui, se rendre à nouveau à son boulot, puis se prendre un petit plaisir en afterwork  avant de rentrer à la maison est en moyenne de 40 km (cas ou le sujet vit dans la périphérie d’une métropole) . Pour un véhicule qui consomme 10L/100Km la consommation quotidienne serait de 4L soit l’équivalent de 8DH de plus pour un véhicule essence et 4 DH pour un véhicule Gasoil. Rapporté au mois ce serait respectivement 240 DH et 120 DH. Est ce que le citoyen ne peut pas payer ces sommes pour participer à l’effort de l’état de moderniser l’enseignement, ou de bâtir de nouveaux établissements de santé ou tout simplement d’arrêter l’hémorragie de devises qui est passé de 12 mois réserves en 2008 à 5.5 mois en 2011  suite à la hausse spectaculaire des prix du pétrole durant le mandat du dernier gouvernement. est ce qu’on ne peut pas supporter de petites douleurs aujourd’hui, et nous préserver de grandes douleurs pour demain?

"Ça ne fait que commencer"

Le citoyen devrait voir en cette hausse des prix qu’un préambule à une série de hausses qui vont toucher les produits pas encore touchés comme les bonbonnes de 12 kg et de 3 kg dont se sert les exploitants agricoles pour l’extraction des eaux et les propriétaires des écuries surtout avicoles et en moindres mesures ovines et bovines pour le réchauffement,  ainsi que certains industriels à travers la débrouillardise des techniciens marocains. Il devrait aussi y avoir une hausse des prix du sucre consommé en grande partie par les industries de boissons gazeuses, et les brasseries et les conglomérats de l’agroalimentaire. Ces hausses auront un impact social plus percutant, vu l’importance de ces postes dans le budget des ménages modestes.

Les questions à poser au gouvernement seraient alors, qu’est ce qu’il prévoit comme mesures d’accompagnement pour permettre au citoyen modeste de supporter ces  hausses successives ? Quel système pour allouer des aides directes aux ménages concernés à l’instar des modèles latino-américains (Brésil) ?  Quelle stratégie pour booster la logique du soutien de l’investissement aux dépens du soutien de la consommation ? Comment sortir progressivement de la culture de l’assistanat à la culture de la productivité et de la compétitivité ?  Quel calendrier pour la reforme globale de la caisse de compensation, et quel impact sur le citoyen, l’économie du pays et les finances de l’état dans un délai prévu ?

En attendant la réponse à ces questions, on ne peut que saluer le courage du gouvernement de prendre une initiative si impopulaire, mais si nécessaire pour assainir les finances du pays et  étouffer des niches de rentes permettant à certains privilégiés et initiés, de s’enrichir au dépens de la communauté. Ce genre de décision créera  certainement des soulèvements populaires et des protestations syndicales, c’est au gouvernement de trouver la recette sociale permettant de tempérer les craintes et de rassurer quant à l’utilité et la pertinence des mesures entreprises. Il ne suffit pas d’appliquer l’idée mais aussi de savoir la vendre aux citoyens d’abord, et aux acteurs sociaux par la suite. Car les répercussions de telles mesures ne seront visibles sur les finances de l’état qu’après 2 ans et que ce délai peut s’avérer l’espérance de vie du gouvernement.

Tiendront ils bon ?  seuls les maîtres du temps ont les clés de la réponse. croisons les doigts et disons " inchallah"

Bassim KHABER

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  1. #1 par Imad le 5 juin 2012 - 10 h 21 min

    " Est ce que le citoyen ne peut pas payer ces sommes pour participer à l’effort de l’état de moderniser l’enseignement, ou de bâtir de nouveaux établissements de santé"
    Encore faut-il que l’Etat modernise vraiment l’enseignement, bâtit de nouveaux établissements de santé… La modernisation de l’enseignement passe à mon avis par la laïcité et rien d’autre.

  2. #2 par Abderrahman le 5 juin 2012 - 23 h 46 min

    Mr Imad ,
    je pense que payer les taxes et le dettes c’est déjà un soutien de l’état de la part du citoyen .

  3. #3 par Taha (@freedom_fan10) le 6 juin 2012 - 7 h 24 min

    " Si on sait que le cout du transport correspond à entre 5 et 10% du prix de vente des produits, et que le budget des carburant équivaut à 33.5% des charges des transporteurs, alors une hausse de 10% sur le prix du carburant devrait augmenter le prix des marchandises de 0.33%. le schéma suivant résume la situation " ces chiffres paraissent trop parachutés, source??

    • #4 par Agora Citoyenne le 7 juin 2012 - 21 h 15 min

      10% est une norme dans le cout du transport par rapport au cout total d’une marchandise qui ressort de la comptabilité analytique. pour les 33.5% il y’a un camembert sur l’article ki donne la répartition des coûts chez les transporteurs dont la source est le ministère de l’équipement. le shéma dde calcul est bien sur simplifié, mais une pondération a été ajouté pour prendre les effets indirectes et ki a emmené le taux de 0.33% à 0.40%

  4. #5 par Benchekroun le 7 juin 2012 - 0 h 10 min

    Très bonne analyse. Très bon article.

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