Coup de gueule d’un 3roubi

Au nom de tous les 3roubi, habitants des pleines ne connaissant d’origine que l’appellation que les autres nous donnent,

Nous, qui avons été les vaches de Allal « Bgar Allal » pour une certaine élite de ce pays,

Nous, qui sommes les hommes de l’intérieur «  s7ab eddakhil » quand on veut visiter les villes du nord,

Nous, qui sommes « 3ribbane » quand on va vers nos montagnes,

Nous, les différents quand on foule le sol du désert,

Nous, qui avons été la cheville ouvrière chez les colons puis chez les successeurs des colons,

Nous, qui avons laissé nos terres au début du siècle pour un exode vers les villes pour construire de nos bras ce Maroc moderne, habitant baraques, huttes, bidonvilles, puis maisons aussi modestes que nos âmes,

Nous, dont les filles portent toute les industries demandant des mains d’œuvres avec un travail de 10h par jour sans être déclarées en sortant à des heures tardives s’exposant aux aléas des méandres et chemins,

Nous, qui travaillons dont les entreprises sans nul espoir d’accéder aux postes de responsabilités car nous n’avons ni père ni oncle parmi les dirigeants, et à qui on confie nos futurs patrons pour que nous les formons,

Nous, qui comptons parmi nous si peu de richards dans ce pays, et si peu de fortunes familiales ni conglomérats bancaires, ou d’hydrocarbures, ou agroalimentaires, et nous faisons que travailler chez les autres,

Nous, qui achetons de tout le monde sans se soucier de l’intonation ou du dialecte même si nous peinons à vendre  le fruit de notre labeur,

Nous, qui marions nos filles et garçons avec tous les cœurs s’y attachant sans exclure d’ethnie ni dessiner de grillages,

Nous, que l’on traite de tous les noms pour notre bon vivant et notre penchant pour la fête, les discussions et rigolades spontanés à très hautes voix, notre folklore dansant et festifs,

Nous, qui n’avons de loyauté que vers notre patrie, notre royaume, sans revendiquer de parcelle, sans chercher  de gloire, ni développer de fierté autre que d’appartenir à cette patrie,

Nous, qui n’avons jamais rien eu, et jamais rien revendiqué  nous clamons haut et fort notre attachement à ce pays bienheureux, à son unité, à sa diversité et à l’ensemble de ses richesses culturelles. Continuez à nous exclure, nous continuerons de construire avec vous, continuez à nous blâmer, nous continuerons à vous aimer, continuer à bannir notre culture, nous continuerons à apprendre à respecter et à défendre la votre. Nous nous considérons avoir la mission solennelle d’être le ciment de ce pays, et quoiqu’on dise de nous, quoiqu’on nous donne ou qu’on nous prive, nous ne faillirons jamais à notre mission de souder ce peuple et de militer pour une culture de fraternité et d’égalité pour que ce pays soit, dans toutes ses provinces, le pays des hommes et femmes bienheureux.

 

« Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me lésertu menrichis. » Antoine de Saint-Exupéry

BASSIM KHABER

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  1. #1 par hind le 5 juillet 2012 - 19 h 33 min

    magnifique lecon de morale, bravo a ce talentueux texte, respect.

  2. #2 par Mohamed le 5 juillet 2012 - 20 h 53 min

    Ce message fait naitre en moi un sentiment paradoxale, le contenu m’a beaucoup plu, que ce soit le rappel de l’histoire de ces "hommes de l’intérieur", ces hommes qui ont fait toute la différence mais dont on se souvient si peu, ou le message d’amour de la fin, le deux m’ont touché, m’ont parlé.
    Mais ils ne l’ont fait que parce que j’ai dépassé le style d’écriture, ce contenant qui est finalement beaucoup plus agressif que son contenu.
    Plutôt que de comparer les ’3roubis" aux autres (sans les citer), j’aurai préféré que vous parliez d’eux et uniquement d’eux, sans implicite.
    "Continuez à nous exclure" – "continuez à nous blâmer" – "continuer à bannir notre culture", il n’y a pas de "vous" ou de "nous" ou de "ils" car en tombant dans ce piège vous jouez le jeu de ce que vous attaquez implicitement. Il y a un seul nous, mais un nous hétérogène. Et le seul moyen de l’homogénéiser c’est par l’amour de tous, apprendre et comprendre que ceux qui veulent exclure sont une minorité, les autres sont aussi portés par l’amour des autres et de leur patrie que vous pouvez l’être, et c’est à eux qu’il faut s’adresser les bras ouverts. Beaucoup ont déjà réussis cette mission, d’autres j’espère plus nombreux suivront.
    Je crois qu’au fond on est d’accord. Notre société n’est pas parfaite, aucune ne l’est, mais on a cet amour pour notre pays et pour les autres, c’est notre plus grande force. A nous d’en user pour perfectionner ce que l’on peut améliorer.

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