« Même toi, Brutus » ou la théorie de la conspiration

Qu’aurait pu être l’histoire de la politique sans les pétales de la conspiration ? Un verre empoisonné que l’on goute par ambition, par cupidité ou par l’hasard d’être là au moment où il ne faut pas. Serait elle un mal nécessaire pour accomplir les grandes destinés ? L’outil incontournable pour rétablir des justices ? L’arme fatale pour apprivoiser les despotes ?

Dés l’antiquité, l’âme de l’homo-sapiens a été corrompu par la tentation de la conspiration. Dans la mythologie grecque, les Palantides fils de Palas et neveux d’Egée Roi d’Athènes, ont conspiré contre son fils Thésée qui venait d’être reconnu comme fils légitime par le roi Egée, voyant le pouvoir leur échapper entre les doigts. Dans les récits monothéistes les frères de Joseph (Youssef pour nous musulmans) complotèrent contre leur petit frère jaloux de voir la préférence de leur père Jacob (Israël) pour ce joli enfant et le jetèrent au puits. En Egypte antique, les prêtres du dieu Amon ont conspiré contre la reine Néfertiti après la mort d’Akhenaton qui avait instauré le culte du dieu unique Aton en voyant leurs prérogatives échapper de leurs mains. En chine, les royaumes se faisaient et s’écroulaient à coup de conspirations pendant la période des automnes et des printemps et la période des royaumes combattants, les loyautés craquaient par l’avidité des récompenses. Elles ont vu la naisance des fondements de l’art de la stratégie, ne furent elles pas les périodes qui ont vu exceller un Sun Tze, un Confucius ou un Sun Bin. A Rome, tous les sénateurs ont conspiré contre Jules César, et le poignardèrent de dos devant la porte du sénat. Parmi eux figurait Brutus, son fils adoptive, qui voulait cueillir le fruit de la trahison. En Arabie, toutes les tribus ont conspiré contre Sidna Mohamed afin de le tuer et que son sang se répand entre les tribus pour annihiler tout espoir de vengeance pour contrecarrer la perte de pouvoir imminente qu’annonçait la nouvelle religion égalitaire.

Et ainsi on peut passer par différentes conspirations tout au long de l’histoire, démontrant la faiblesse des mortels devant les délices du pouvoir, l’agenouillement des âmes à l’autel de la cupidité et de l’envie. Etaient il forcés ? Avaient-ils un autre choix ? Pouvaient-ils changer le cours de l’histoire autrement ? Était ce un devoir pour eux de pactiser avec un Lucifer afin de sauver leur monde d’un Belzebuth ?

En tout cas l’histoire retient une chose, toutes les conspirations ont amené à des tragédies. Elles sont le produits du monde des ténèbres, par leur essence même, car ne pouvant être institués que dans des salles obscures, à des fins peu légitime ou en tout cas incompréhensible à la plèbe comme dirait un patricien à Rome (Aristocrate dans les intérêts ne peuvent être appréhendés par la foule), alors pour bien comprendre les conspirations, il faudrait revenir aux déclinaisons terminologique plaçant le terme conspiration dans une échelle de gravité et d’organisation entre trois autres mots, je cite, Cabale, Complot, Conspiration et Conjuration.

La Cabale est l’intrigue d’un parti ou d’une faction formée pour travailler, par des pratiques secrètes, à tourner à son gré les événements ou le cours des choses. Elle a pour objet, d’emporter la faveur, de disposer des grâces, des récompenses, des réputations, des succès, en résumé, d’abaisser les uns, d’élever les autres.

Le Complot a pour objet de nuire, et toujours ses vues sont criminelles. Cependant il n’a lieu qu’entre deux ou quelques personnes, et il est ordinairement dirigé contre un seul homme.
Le complot est élémentaire, restreint et lâche et suppose une bassesse et une méchanceté profonde, c’est l’arme des criminelles, des malfrats, des traitres et des délateurs.
La Conspiration marque l’accord profond, intellectuel et sentimental, des conspirateurs. Le terme de conspiration n’indique pas plus la volonté de nuire que celle de servir. Une conspiration peut être en faveur comme en défaveur de quelqu’un. elle signifie un changement d’ordre au profit de quelqu’un. On conspire ordinairement pour changer ceux qui règnent, ceux qui commandent, ceux qui gouvernent, ceux qui participent à la chose publique; et en prévenant ce que le temps aurait fait sans la conspiration. C’est un projet pour lequel les conspirateurs ont longuement discuté. Une machination dont la complexité nécessite un secret total sous peine d’être détruite.
La Conjuration désigne une réunion dont les membres se sont liés par un serment. Elle a pour objet d’opérer un grand changement, une révolution, soit à l’égard de la personne du souverain ou du leader légitime, soit à l’égard des droits inviolables de l’autorité. Elle est d’abord contenue, comme une simple conspiration, dans un certain cercle de conjurateurs, est contrainte d’appeler à son secret et à son secours, une foule de conjurés nécessaires à de grandes et périlleuses entreprises ; de manière que plus elle devient redoutable par le nombre, plus elle a elle-même à redouter : c’est pourquoi le sort ordinaire des conjurations est d’être découvertes.
Et pour dresser magnifique éventails de l’effet de ces 4 C je vous invite à déguster les moralités de cette citation « La cabale mène au complot ; le complot à la conspiration ; la conspiration a la conjuration ; la conjuration à la révolte. Si vous accordez quelque chose à la cabale, bientôt rien ne se fera que par cabale. Si vous n’arrêtez de bonne heure les complots, vous en serez le promoteur, le complice, et enfin la victime. Si les conspirations vous font trembler, plier, céder vous deviendrez l’esclave et le jouet de la conspiration. Si vous pardonnez la conjuration par un esprit de prudence et un sentiment de bonté, attendez la peine, sous le glaive vengeur »

Alors, quelque soit le degré ou l’intensité de la conspiration, elle reste et demeure pour toujours l’ennemi de la construction. Elle est l’outil des révoltes et jamais celui des réformes. C’est une gangrène qui menace tout groupement dépassant les trois personnes. Aucun parti politique, aucune association n’en ai exempte. Cependant notre salut repose là ou elle est bannie, le développement a épousé la destinée des peuples et communautés qui ont appris a apprivoisé cette tendance destructrice. Un travail sur soi, une abnégation, un altruisme sont les remèdes et les antidotes à tous ses moteurs. Si l’ambition est souhaitée, la cupidité et l’envie sont dévastatrices. Toute tentative de réforme, de construction serait veine sans l’ablation de ce maux. Il suffirait de voir plus loin que son nez et de s’insérer dans une logique long-termiste , ou l’objectif est unificateur et où la rotation sur le podium permettrait la satisfaction des égos des uns et des ambitions des autres, pour arriver à une symbiose avec nos convictions et une quiétude de nos âmes et consciences.

Soyons Matures, Pour un Maroc meilleur

rédigé le 11 Mars 2011

Bassim KHABER

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